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Eclipse, j'écris ton nom

par Shanouillette

Eclipse est typiquement le jeu que je trouve génial mais où j'ai malheureusement une prédisposition atavique à la défaite. Je me soigne. J'ai bien compris que construire une flotte spatiale équilibrée (armée, rapide, et cuirassée) ne servait à rien si on ne bourrait pas dans le tas au moment opportun.

J'ai passé ma dernière partie à me dire : « bon, là, tu pourrais attaquer, hein, oui t'as la supériorité, pas de doute, allez !» jusqu'à ce que mon adversaire ait retourné la situation : « Ha, étrange, il fait tout comme s'il allait m'attaquer là pourquoi il est blindé de roquettes… cache-toi dans ta station orbitale ma grande, ça va faire gzt». Binwi, c'est triste à dire, mais il y a un moment où il faut mettre ses velléités pacifiques de côté quand on joue à des jeux comme ça. Et assumer son côté search and destroy. Au fond, je suis peut-être un bisounours qui s'ignore. Gmpf. Quand bien même, je suis pas tant mauvaise perdante. Un jour, je l'aurai. J'exploserai sa flotte et je raserai sa civilisation dans un éclat de rire démoniaque. Je vous l'ai dit : je me soigne.

Des tas de petits dés avec des faces non numérotées

Parlons peu, parlons bombe à neutrons

Oui chez nous, Eclipse est un must. Et c'est bien mon estime pour ce jeu que j'ai envie d'étaler au grand jour. Une sorte de petit coming out. Rien de plus.
Ystari a sorti l'année dernière ce « 4X » (eXploration, eXpansion, eXploitation, eXtermination, houu 4x plus de plaisir) qui a su bien faire buzzer de lui -et pour cause. Ici nous salivons toujours comme au premier jour quand il s'agit de sortir la grosse boite de son rayonnage coin « Science Fiction » -entre Ad Astra, Space Alert, StarCraft, RftG, BSG et Ascending Empire-. Oui, nous goutons le genre. Parler de générateur à tachyons et d'ordinateur positronique d'un air entendu. Partir vers l'infini et au delà, rencontrer des aliens en forme de monstroplante et de gros poulpe mal rasé. Construire une frégate spatiale invulnérable et la baptiser « Enterpryze ». Prier les yeux clos pour qu'elle s'en tire en un seul morceau quand on la lance au combat. De l'aventure. De l'exotisme. Et des canons à antimatière.

Au tableau

Eclipse est assez unique en son genre, même s'il a un lignage évident avec d'autres jeux de société SF aux surnoms qui laissent songeurs : TTA (papa) et TI3 (maman). Trough the ages et Twilight Imperium – autant dire, du vrai bois pour l'hiver.

Mais Eclipse a, disons-le simplement, entériné un nouveau genre. Les ludopathes savent bien qu'on distingue souvent deux grandes écoles dans le jeu moderne. Deux grandes écoles que tout oppose, ou presque. Pour ceux qui débarquent (bienvenue à bord!), et pour les joueurs qui jusqu'ici vivaient très bien sans le savoir, je vais tenter de dresser un tableau simple -et clair- :

A ma gauche, l'école allemande (parfois appelée « européenne »), qui se veut de format familial : concrètement ça veut dire une durée d'1H30, un prix accessible, une config 2-4 joueurs, à partir de 10 ans. Le joueur contrôle essentiellement des mécanismes de gestion (avec des vrais morceaux de cubes en bois dedans). Des Colons de Catane en passant par Agricola, on y trouve pour ainsi dire jamais d'affrontement direct. Plaisir ludique intense plutôt… cérébral.

A ma droite, le jeu à l'américaine (parfois appelé « améristrash »), qui se veut format plus… geek : durée minimum de 3H, prix plus élevé dû au matériel souvent pléthorique (et notamment aux vrais morceaux de figurines dedans). Le joueur est plongé dans une thématique omniprésente où le hasard sert souvent de ressort dramatique. Depuis Dune en passant par Runewars, on y trouve pour ainsi dire toujours de l'interaction, si ce n'est de l'affrontement direct. Plaisir ludique intense plutôt…viscéral.

Bien sûr, l'arbre phylogénético-ludique comprend une foultitude de sous-espèces qui échappent à la catégorisation stricte, sans parler des électrons libres et abstraits, mais souvenez-vous, j'ai dit que je tentais de faire simple -et clair-.

Total eclipse of the concurrence

Touko Tahkokallio (un vrai nom de bâtisseur d'empire ça !), auteur d'Eclipse donc, a eu la folle et saine idée de mélanger les deux écoles, créant ainsi une troisième branche : l'eurotrash. On pourrait dire de l'euroméricain, ça ferait plus choli, plus « citizen of the world ». Bref. Fallait y penser. Et surtout, fallait le faire, et le faire bien. Le bébé aurait pu être difforme, écartelé entre ses origines antithétiques. Mais loin d'être une aberration de la nature, il a éclipsé (haha) ses ancêtres, il a sublimé leurs énergies et profité de leur maturité. Plus nerveux, plus fluide, loin d'être une excentricité qu'on oublie, il se pose là, sobre, efficace et fait des tas d'émules. La mode aujourd'hui est à l'atténuation des contours entre jeux européens et américains. Il faudrait vraiment être un rigoriste borné pour trouver ça dommage, non ?

Le cocktail euroméricain ça donne quoi ?

Alors, du coup là, avec notre Eclipse, y a du hasard ?
Oui, plein. Mais rien qui ne soit jamais en dehors de la régulation possible du joueur -pour peu qu'il soit un minimum expérimenté quand même-. Parce qu'au début, on se dit souvent « aie aie tout ça pour que ça finisse aux dés, c'est pas hyper quantique», ou « nom d'un zozodium inflammable, j'ai pas pioché ce que j'espérais avec mon action Exploration, je suis perduu-e- ». C'est normal, c'est votre première partie. Respiration abdominale et prise de recul. On comprend ensuite que tout ça se gère et se compense, voire se prévoit, à condition de n'être jamais bloqué dans une stratégie. Et pour cela, il faut savoir utiliser tous les ressorts du jeu : redéploiements à certains moments pour regagner des disques Action, user ou abuser du change de ressources, conforter ses éventuels bonus d'alien, gérer subtilement ses 3 ressources, connaître un peu les 3 espaces de colonisations (par exemple, plus on s'approche du centre, plus on risque la rencontre alien) et bien sûr, choisir ses technologies de manière fonctionnelle... Enfin, ne vous trompez jamais de cible : points de victoire mon amour. Dixit celle qui n'a encore jamais gagné une partie.

Des gros cubes en bois colorés avec des petits pois dessus

Et puis alors, y a de la gestion ?
Ha oui du coup. Mais jamais rien qui ne soit en dehors du thème. C'est d'ailleurs ça qui rend les règles si étonnement digestes. Là aussi, au départ, on voit le joueur (la joueuse en fait, une amie pour tout vous dire) qui n'est pas fan du thème tirer la tronche sur du « Moi la SF, tu sais… et puis, ils sont moches tes mecs là…
- oui je sais. Attends de voir. » Et quand au bout de trois tours de jeu, cette même personne vous sort des « Damned, j'aurais peut-être dû booster mon générateur nucléaire quitte à sacrifier l'ordinateur électronique !… » d'un air tout contrit, on se dit que le pari est réussi et qu'on va enfin pouvoir lui prêter notre coffret dvd de Battlestar galactica.
Oui les règles sont assimilées très rapidement… mais sonder la profondeur du jeu nécessitera bien plus de temps -et heureusement.

Dans l’espace, personne ne vous entendra lancer les dés

Et y a du fight alors ?
Ha bha oui! Et avec des dés. Ha ha ! Vous vous imaginiez quoi ? Le pitch est pourtant clair : « La guerre entre la terre et l'Hégémonie est terminée. Pour éviter une reprise des conflits majeurs, les civilisations maîtrisant la navigation interstellaire ont créé le Conseil Galactique. Pourtant des divisions apparaissent déjà en son sein. Et des tensions naissent entre les 7 nations majeures. Tout porte à croire qu'on se dirige vers une confrontation. Mais qui en sortira vainqueur? Qui régnera sur la galaxie entière? » On sent bien que ça va partir en cacahuète. Ne vous leurrez pas, c'est en pleine guerre froide qu'on débute et en plein feu d'artifice que ça se termine, 9 tours plus tard. A vous d'observer ce que préparent vos ptits camarades et de vous préparer au pire. Si. Imaginez toujours le pire. Je parle d'expérience.
« Moui mais y a du hasard avec les dés » diront certains kubipousseurs insensibles, mais bien sûûûr ! Laissez-moi vous dire que lorsque mon zom envoie sa flotte sur ma colonie en marmonnant « ma chérie, je vais devoir lancer 18 dés oranges rien que pour la première salve…t'es prête ? » en face, je sais que le hasard n'existe pas (et qu'accessoirement, il n'y aura pas de 2e salve).

Ystari Vers l'infini et au-délà +

Des petites tuiles, des petites tuiles, encore des ptites tuiles

Et… la boite ?
Ohlala, bien pleine. Vous aimez les petites tuiles ? Si oui, vous ne trouverez rien de too much, rien de baroque, le design se veut sobre et l'iconographie hyper cohérente pour une lisibilité absolument sans faille.
Même au niveau du format, on est un peu dans Rencontre du troisième type. C'est pas du familial, hein, mais bon, un jeu de cette envergure où faut compter seulement 30 minutes par joueur ! 30 minutes par joueur une fois que tout le monde possèdera une vision claire, voire perçante du jeu (faut pas charrier ça nécessitera au moins une partie), oui mais quand même, ça traine pas la voie lactée ça, si ?

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