Aux armes, Gobelins !
Lorsque j'ai joué pour la première fois à Mémoire 44, j'ai immanquablement pensé à Seigneurs de Guerre, le "wargame familial" de mon enfance. Un jeu de guerre pour deux, peuplé de gobelins, d'ogres et de chevaliers, se baladant sur des hexagones en suivant le mouvement dicté par la pioche de cartes, et où la stratégie se réduisait à quelques jets de dés spéciaux. Ce qui n'avait aucune importance puisque l'essentiel était de passer un bon moment. Vous imaginez bien que le fait d'être passé d'un background historico-pédagogique aux consensuelles batailles médiévales fantastiques fait d'autant plus écho à ces vieux souvenirs. Encensé avant même sa sortie comme un des plus grands jeux de la décennie par une horde de rêveurs nostalgiques, convoité par les uns dans un buzz auto-entretenu, décrié par d'autres comme le 421 le plus cher de l'histoire ludique, il est désormais temps après l'essoufflement des passions de prendre du recul et de voir ce que vaut vraiment Battlelore. Et bien pour moi, avec Battlelore, DoW vend avant tout du rêve: voilà un jeu où l'on rêve en effet bien plus que l'on ne réfléchit. Et éveiller notre capacité d'émerveillement, ça passe bien sûr par un matériel grandiose, mais aussi par des règles suffisamment simples pour que le rêve puisse être immédiat. Quitte à laisser passer quelques aberrations, comme le fait que les unités ne soient jamais blessées, toutes les règles superflues ont été allégées en faveur du rêve mais au détriment de la simulation. Quant au hasard, il est bien plus qu'influent, il est décisif. Entre les cartes de déplacements, les arcanes, et bien sûr les dés, la tactique à court terme est presque toujours guidée. Alors bien sûr, grâce à la magie, au conseil de guerre, au système des bannières, de soutien, le hasard est parfois un peu mieux compensé que dans Mémoire 44, mais tout de même. Il faut donc prendre Battlelore pour ce qu'il est: un jeu familial, au thème fantasmagorique, mais où le jeu se joue lui-même, finalement plus qu'on ne joue nous même. Et si Seigneurs de Guerre m'amusait beaucoup dans ma jeunesse, quinze ans plus tard je préfère que même en présence de hasard la victoire se joue plutôt sur des choix. Mais après tout ce n’est qu’une question de goût.